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Monday, June 15, 2009

Conséquences économiques et sociales de la Mondialisation de l'économie

Par Fabcara
Année 2008 - 2009


Conséquences économiques et sociales de
La Mondialisation de l’économie

Caricature, 2004

Jury de la Communauté Française de Belgique
Enseignement Secondaire Général
Dossier de Sciences Sociales
Troisième Epreuve

Table des Matières
1. Introduction 3
2. Chapitre I : Origines de la Mondialisation 4
2.1. Définition 4
2.2. Historique 4
2.2.1. Libéralisme 4
2.2.2. Révolution industrielle 4
2.2.3. Libre-échange 5
2.2.4. Capitalisme 5
2.2.5. Colonialisme 6
2.2.6. Néo-Colonialisme 6
2.2.7. Naissance des multinationales 7
2.3. Commerce international et Mondialisation économique 8
3. Chapitre II : Composantes de la Mondialisation 9
3.1. Moteur de la Mondialisation : le profit 9
3.2. Acteurs de la Mondialisation : les entreprises et les Etats 9
3.3. Moyens de la Mondialisation : chocs et ruptures 10
3.4. Expansion économique 11
3.5. Notion de croissance 11
3.6. Nécessité de la croissance 12
3.7. Alter Mondialisme 13
3.8. Cadre institutionnel de la Mondialisation 14
3.8.1. OMC 14
3.8.2. FMI – Banque mondiale 15
3.8.3. SDN – ONU – OCDE – G20 15
3.9. ONG 16
4. Chapitre III : Critique de la Mondialisation 17
4.1. Une croissance exclusivement financière 17
4.2. Que régit le marché : l’offre ou la demande ? 17
4.3. Le véritable problème : les termes de l’échange 18
4.4. Dumping économique sur le marché du coton 18
4.5. Conférence de Bandung et non-alignement 19
4.6. Effet de la mémoire collective : « la haine de l’Occident » 19
4.7. Conférence de Durban et l’inavouable passé colonial 20
4.8. Le partage des richesses : un souhait, une utopie ? 20
5. Conclusion 21
6. Bibliographie 22
7. Annexes 25
7.1. Théories du capitalisme libéral 25
7.1.1. Théorie d’Adam Smith 26
7.1.2. Théorie de David Ricardo 26
7.1. Forum économique de Davos 26
7.2. Illustrations et images 27
8. Notes de bas de page 32
Aborder le thème de la mondialisation est de prime abord palpitant d’intérêt. Les facettes de ce thème sont multiples. Le caractère économique est peut-être celui qui vient nous sensibiliser en premier, tant les produits et les services offerts ainsi que les marchés sont cosmopolites. Internet est là pour nous le rappeler chaque jour. Mais le social et l’humain suscitent indéniablement notre intérêt, tant les discordances du bien-être sensé provenir des multiples progrès techniques sont énormes. Ce sont ces dissonances qui sont à l’origine des débats entre « mondialistes » et « alter mondialistes ».
La recherche menée pour la documentation nécessaire à ce travail aurait pu conduire à la réalisation d’un livre, tant la passion du sujet faisait naître de nouveaux débats potentiels. Nous ne disposons que de vingt pages. Aussi avons-nous donc choisi de développer ce que nous avons jugé essentiel à la constatation et à la compréhension des conséquences économiques et sociales de la Mondialisation.
Il manquera malgré tout dans ce travail un aspect non moins important, mais trop exhaustif pour qu’il soit honorablement traité ici. En effet, autant allons-nous évoquer certains aspects institutionnels, autant avons-nous choisi de ne pas développer les aspects législatifs de la problématique, car l’espace qui nous est réservé ne permet pas d’analyser, ni de décrire honnêtement, la complexité des relations entre les juridictions locales, nationales, supra nationales, et universelles.
Aussi, nous tenterons dans un premier chapitre de décrire l’évolution de l’idée libérale d’Adam Smith, en définissant les concepts liés à cette évolution, jusqu’à l’apparition de l’idée même de mondialisation dans les années quatre-vingt et nonante : libéralisme, capitalisme, révolution industrielle, multinationale, colonialisme, néocolonialisme, commerce international.
Ensuite, dans un second chapitre, nous exposerons les différentes composantes de la Mondialisation : son moteur, ses acteurs, ses moyens ; de la notion de croissance, de la nécessité de celle-ci ; et du cadre institutionnel de l’économie internationale, à savoir l’ONU, la Banque Mondiale, l’OMC, et Le FMI. Nous y parlerons également des ONG et des mouvements officiels de protestation liés à l’alter mondialisme.
Enfin, nous consacrerons le troisième et dernier chapitre à une réflexion critique sur la nature exclusivement financière de la croissance, le problème des termes d’échanges, le dumping, la conférence de Bandung de 1955 et sa renaissance en 2006. Nous esquisserons une explication de ce soulèvement des pays du sud par une analyse récente du concept de mémoire collective. Car le caractère social et les besoins humains ne devraient pas s’incliner si souvent devant les exigences économiques et la froideur des aspects financiers, en ce que l’essence même de la science économique est de se mettre au service d’un juste partage des ressources.

2.1.Définition

Dans le cadre de ce travail, nous proposons de définir le concept de mondialisation comme l’intégration économique mondiale qui outrepasse l’internationalisation des échanges de marchandises, de services ou de capitaux, et qui est caractérisée par une parfaite mobilité des capitaux et un accroissement de la concurrence entre les nations et les entreprises.

2.2.Historique

Afin de présenter l’essentiel des conséquences de la Mondialisation, et de balayer le plus vaste champ de ses implications économiques et sociales, nous analyserons les éléments économiques nécessaires à une bonne compréhension du phénomène que constituent les points développés ci-dessous.

2.2.1. Libéralisme

Tout d’abord, c’est en réaction à l’absolutisme royal, par la dénonciation des réglementations étatiques sur les échanges, que le libéralisme prend racine dans l’Angleterre du XVIIIe siècle. Le principe fondamental de la politique économique libérale est la liberté individuelle, l’autonomie et la libre initiative d’individus responsables les poussant à agir et décider d’eux-mêmes.
En conséquence, le pouvoir étatique et politique est limité soit spontanément par la division des pouvoirs - ce que prône, en France, Montesquieu (1689-1755) selon lequel « le pouvoir arrête le pouvoir » -, et la création de contre-pouvoirs (syndicats, assemblée de consommateurs, groupes de pression), soit en définissant les domaines d’intervention de l’Etat.
C’est pourquoi le libéralisme économique s’oppose à l’intervention de l’Etat dans la vie économique et sociale. Suivant Adam Smith[i] (1723-1790), « la main invisible »[ii] se fonde sur la confiance en l’ordre naturel et spontané du marché régulateur : il considère que l’échange est avantageux pour tous, et que l’intérêt général n’est qu’une somme d’intérêts particuliers. Les intérêts individuels menant forcément aux intérêts collectifs car il suffirait que chaque personne « ne pense qu’à son propre gain » pour travailler à l’intérêt de la société entière.
Adam Smith prône ainsi la liberté d’entreprise et considère que la concurrence fera office de régulateur. C’est en permettant à d’autres entrepreneurs d’entrer sur ces marchés, ce qui provoque une baisse des prix, qui profitera en définitive au consommateur. C’est le principe fondamental du libéralisme.
Sa conséquence directe est le retrait du poids que constitue l’Etat dans la vie économique et sociale en vue de libérer les initiatives individuelles et entrepreneuriales[iii].

2.2.2. Révolution industrielle

Ensuite, la révolution industrielle marquera l’essor du XIXe siècle, depuis la Révolution française à la Première Guerre mondiale. Ses conséquences sont l’expansion des vecteurs de communication, tel que le développement de la machine à vapeur de James Watt[iv] (1736-1819) et la généralisation du télégraphe.
A l’échelle mondiale, la diminution des coûts des communications a permis d’importantes interactions entre des parties du monde restées jusque-là isolées, ainsi qu’une augmentation du transfert de biens, d’hommes et de savoirs ; exacerbant de ce fait les flux de population et les migrations.
Tandis qu’à l’échelle nationale, suite à la Révolution agricole en Europe au XIXe siècle, les populations rurales subissent un exode et migrent dans les villes. Les paysans quittent les campagnes, alors que les villes absorbent difficilement la démographie en forte croissance. Une modification en profondeur de l’architecture sociale est entamée à cette époque, avec l’apparition d’une nouvelle classe sociale dominante : les ouvriers ; et l’apparition des premières revendications sociales inspirées du Marxisme. En outre, la première expression d’un mouvement d’unité mondiale (de la classe prolétaire) est initiée par la création des premières Internationales communistes.
L’industrialisation est effectivement en demande d’une main-d’œuvre dont la répartition à l’échelle mondiale change de forme. Sur le plan économique, elle ouvre la possibilité d’échanger des produits manufacturés entre pays industrialisés, et appelle à entretenir un flux important de matières premières depuis les colonies pour alimenter les usines européennes.

2.2.3. Libre-échange

Mais c’est entre le XVIIIe et le XIXe siècle qu’apparaît une doctrine économique préconisant la liberté commerciale internationale, et la suppression de toute entrave à l’échange tels que les droits de douane. Elle appelle à la libre circulation des biens économiques sur le marché international.
L’origine de la théorie du libre-échange remonte à l’Angleterre du XIXe, lors de l’abolition des Corn Laws en 1846. Ces réglementations sur le blé dataient de 1815 et protégeaient le blé anglais par des droits de douane élevés. Après la signature du traité de commerce franco-anglais ordonnée par Napoléon III en 1860, la France commence à s’inspirer des politiques anglo-saxonnes[v].
Ainsi, l’Europe connaîtra une période marquée par le libre-échangisme jusqu’en 1876. Ce n’est qu’en 1892 que la France revient au protectionnisme suite au vote des lois Méline[vi]. Elle le conservera jusqu’en 1914.
Avec la Première Guerre mondiale, le traité de la Société des Nations (SDN) stipule en sa treizième clause, dictée par le Président Woodrow Wilson (1856-1924), la suppression de la totalité des obstacles économiques internationaux.
Néanmoins, ces belles intentions n’arrivent pas à endiguer le développement du protectionnisme après la Grande Dépression de 1929, y compris dans l’Angleterre libérale, et aux Etats-Unis où sont imposés les tarifs douaniers Hawley-Smoot[vii] en 1930.
Enfin, la théorie libre-échangiste s’est à nouveau imposée après la Seconde Guerre mondiale, suite à la coopération entre pays industrialisés, et a été officialisée par le GATT[viii], aujourd’hui devenu l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

2.2.4. Capitalisme

Ceci dit, bien que l’histoire ait connu l’apparition d’un capitalisme dit « commercial » entre les XVIe et XVIIIe siècles, fondé majoritairement sur du commerce colonial et maritime, le système capitaliste naît seulement au XIXe siècle, en Europe, avec la Révolution industrielle.
Lors de la seconde moitié du XIXe siècle, les pays européens subissent de nombreuses crises de surproduction qui les amènent à rechercher de nouveaux débouchés à travers le partage du reste du monde. Qualifiée d’impérialisme par les marxistes, cette tendance ne se réduit pas à la politique extérieure selon Lénine : il s’agit d’une volonté de domination économique des colonies et d’un partitionnement du monde en zones d’influences, détenues par de grands groupes financiers[ix].
Le capitalisme moderne est dès lors davantage ce que l’on pourrait qualifier de capitalisme sauvage qu’un capitalisme libéral, tel que l’illustrent le maintien du protectionnisme, la colonisation économique et la multiplication des ententes entre groupes financiers, gouvernements et entreprises.
La privatisation de l’appareil de production et l’accumulation de capital en vue de la réalisation de profit sont deux des principes fondamentaux du Capitalisme qui distingue plusieurs types de capitaux[x] (économiques, financiers, etc.).

2.2.5. Colonialisme

Dès lors, la colonisation se doit d’être prise au sens large. En tenant compte de tout ce que des peuples ont pu acquérir économiquement, mais aussi culturellement de par le fait d’invasions, de guerres et d’autres circonstances qui ont engendré l’appropriation du territoire d’une nation par une autre. Il serait bien sûr vain de reprendre le tout à la genèse. Nous nous contenterons de prendre en considération les grands mouvements qui ont eu lieu depuis les grandes découvertes au XVe siècle. Nous pouvons dès lors considérer trois grands pôles : les Amériques, l’Asie, et l’Inde en particulier, et ensuite l’Afrique au XIXe siècle. Il faut ajouter à cela un phénomène pervers : la traite des noirs qui fût un moyen d’apporter une main-d’œuvre gratuite à un projet de « développement économique » dans le nouveau monde entre le XVIIe et le XIXe siècle.
En rapport avec ce qui a été développé jusqu’ici, la notion de développement économique, de croissance, d’investissement et autres considérations économiques sont totalement biaisées. En effet, qu’il s’agisse d’un apport gratuit de main-d’œuvre ou de matières premières, le principe même de l’investissement économique est tronqué dès lors qu’il est réalisé grâce au pillage des facteurs de productions, car il engendre alors des distorsions au niveau de la concurrence et, par conséquent, au niveau de l’égalité entre les acteurs des marchés, donc entres les peuples.
La lecture des livres d’histoire installe la notion de colonialisme comme un ensemble de faits du passé. Nous verrons plus loin que, paradoxalement, nous sommes peut-être rattrapés par cette histoire à cause du fait de la « mémoire collective ».
Aujourd’hui, on peut considérer que la colonisation a eu pour conséquence d’intégrer l’ensemble mondial dans un espace politique commun, et de soutenir les transferts financiers entre nations, ou entre les colonies et leurs métropoles respectives.
La soumission et l’exploitation continue des peuples d’Amérique, colonisés au XVIe siècle, et des peuples d’Afrique et du Moyen-Orient, colonisés au XIXe siècle, de même que l’Inde – pour ne citer qu’elle – ont entrainé des clivages tels qu’au XXe siècle, la planète se retrouvera coupée en deux par un rapport « nord-sud » où l’Occident (Europe et Etats-Unis) se trouve en lieu et place du maître ; le sud, même si le terme semble dépassé, n’a d’autre choix que d’adopter la place de l’esclave.

2.2.6. Néo-Colonialisme

Aussi, la première partie du XXe siècle a-t-elle vu se développer, outre toutes les facettes du progrès technique, celles de la communication et de la démocratie. Les médias ont fait connaître à une population de plus en plus nombreuse les dérives des modèles coloniaux. Conjointement, des mouvements de révoltes de plus en plus structurés et fondés virent le jour. Ne citons ici, à titre d’exemple que celui de Gandhi.
Sans entrer dans le détail, ces mouvements ont fait comprendre aux grandes nations colonisatrices qu’il était temps de rendre l’indépendance politique à leurs vassaux. C’est ainsi que les années 1950 et 1960 ont été le théâtre de la décolonisation de la plupart des colonies.
Il est important de souligner que ce mouvement est essentiellement politique. Ce qui est visible, c’est le transfert des pouvoirs politiques. Mais en aucun cas le transfert des pouvoirs économiques. Les anciennes métropoles auraient difficilement pu se passer de cet apport à très bon compte de toutes les matières premières, acquises depuis toujours à des prix dérisoires.
L’histoire n’écrit pas encore de manière explicite les mécanismes d’un tel bouleversement.
Ce qui est sûr, c’est que rares sont les anciennes colonies qui ont pu maîtriser la gestion de leurs ressources naturelles au profit des populations locales. Si on prend l’Afrique pour exemple, de très nombreux Etats ont été dirigés par des dictatures à la solde de puissances économiques qui leur garantissaient la pérennité contre des accords commerciaux très avantageux, pour ne pas dire « juteux ».
La guerre froide est venue compliquer ce phénomène en mettant en concurrence deux idéologies très différentes, mais derrières lesquelles se dissimulaient des intérêts économiques tels que les multiples guerres civiles et les dizaines de milliers de morts qu’elles engendraient, ne pesaient pas lourd par rapport aux profits sous-jacents.
Un exemple encore en vigueur aujourd’hui est celui du Nigéria. Indépendant depuis 1960, ce pays est aujourd’hui le huitième producteur de pétrole du monde. Ses réserves naturelles en pétrole et en gaz sont énormes. C’est aussi le pays le plus peuplé d’Afrique. Depuis 1966, ce pays est gouverné par des juntes militaires successives. L’activité économique est dominée par quelques sociétés comme Shell, BP, Total, Exxon, Texaco, mais « 70% de sa population survit dans une misère abyssale »[xi].

2.2.7. Naissance des multinationales

[Voir fig. 1 (cfr. Annexes) : L’Amérique du Nord détient la moitié de la valeur des grandes multinationales.
[Voir fig. 2 (cfr. Annexes) : Aussi riches que des Etats.
[Voir fig. 3 (cfr. Annexes) : The World’s Biggest Companies.
D’ailleurs, certaines firmes profitent pleinement de la mondialisation. Ainsi en est-il des multinationales. Pour être précis, une entreprise multinationale est une grande firme d’origine nationale qui possède ou contrôle de nombreuses filiales exerçant leurs activités productives dans plusieurs pays. La multinationale est composée d’une société « société-mère » située dans le pays d’origine, qui détient et dirige l’ensemble de ses filiales.
Aux Etat-Unis, Wal-Mart constitue un symbole des multinationales. Afin de rester toujours plus compétitives sur le marché du profit maximal où la concurrence est le maître mot, elles participent cependant à une désyndicalisation inquiétante.
A ce propos, Friedrich Hayek, théoricien libéral, nous mettait en garde dès 1947 que « si nous voulons entretenir le moindre espoir d’un retour à une économie de liberté, la question de la restriction du pouvoir syndical est une des plus importantes. » Aussi la question est-elle contournée à Wal-Mart : à chaque affiliation des employés à un syndicat suite à une bataille éprouvante avec la direction du groupe, le magasin ferme. Alors que l’entreprise emploie plus de 1% des salariés américains[xii], cette désyndicalisation forcée est une condition préliminaire à une politique de déflation salariale que le gouvernement, républicain surtout, ne s’empresse pas de soumettre aux lois qui garantissent le droit syndical.
Ce phénomène de recul du secteur industriel et manufacturier, au profit d’un essor du secteur des services, engendre une modification structurelle de l’économie occidentale : il conforte le modèle d’exploitation du capital humain déployé par les multinationales. A chaque fermeture d’une usine automobile se succède l’ouverture d’un supermarché, un lieu où les revendications ouvrières traditionnelles, assurant l’obtention de salaires décents, est remplacée par son opposé : l’accélération et l’acceptation d’une précarité de résignation.

2.3.Commerce international et Mondialisation économique

[Voir fig. 4 (cfr. Annexes) : Le monde selon quelques indicateurs économiques, sociaux et financiers.
Nous ne pourrions aborder le phénomène de la Mondialisation sans considérer les échanges internationaux inhérents à sa pleine réalisation. C’est pourquoi il est judicieux de savoir qu’au XXe siècle, l’économie mondiale s’est rapidement internationalisée. On entends par internationalisation le processus de développement des relations économique entre les nations.
A l’internationalisation des échanges, caractérisée par l’accroissement de la quantité des biens et des services échangés de par le monde, s’est juxtaposée l’internationalisation de la production. Ce ne sont donc plus strictement les produits qui se déplacent, mais également les capitaux car les entreprises exportent aussi leurs usines de fabrication.
S’ajoute enfin l’internationalisation financière entamée au début des années 1970, qui se résume à la multiplication des mouvements de capitaux dans le but de trouver des placements rémunérateurs et à l’essor des groupes financiers internationaux (dans le domaine des banques et des assurances).
Plus tard, au début des années 1990, l’économie mondiale a subit plusieurs modifications donnant lieu au sentiment que le monde ne forme plus qu’un seul marché où les entreprises, les Etats et les particuliers se font concurrence. Cette nouvelle réalité pris le nom de mondialisation (ou globalisation en anglais).
Mais à la mondialisation des échanges se cumule la mondialisation des risques : pollutions, OGM, crimes, trafics, corruption et risques sanitaires enfin. Les intérêts économiques ferment les yeux sur leurs conséquences sur la santé, la sécurité et l’environnement. Car ces effets secondaires usent des mêmes mécanismes que ceux de la mondialisation pour se répandre. L’opinion publique ne se réveille que lorsque son assiette est avariée, et l’opposition du consommateur n’apparaît qu’à partir du moment où ce qui est sensé nourrir à bas prix tue, d’où l’enjeu des crises de la vache folle, de la listeria, de la dioxine, de la grippe aviaire, ou de la grippe mexicaine (H1N1).
Car l’Europe et les Etats-Unis ont favorisé une agriculture intensive, réduisant les frais d’exploitation afin de contrôler toujours plus de nouveaux marchés en restant compétitifs. Ce cercle du profit pour le profit a cependant mené à la recherche de protéines bon marché, à nourrir les herbivores avec des farines de moindre qualité, et à créer un point de non-retour à la pollution mondiale.
Il y a sans doute un lien à trouver entre l’enjeu économique de l’internationalisation des échanges et la sécurité sanitaire. Heureusement, les médias occidentaux contrecarrent les excès de l’industrie agricole, en dénonçant les risques alimentaires. Mais une crise, aussi mal ait-elle été vécue par la population, ne suffit pas toujours à assurer le « principe de précaution », seul avatar de sa non récidive.
Enfin, loin de s’uniformiser, le marché de l’emploi se brise petit à petit, et ce au plus les volumes des échanges commerciaux et le nombre des délocalisations croissent. Les disparités d’accès à l’emploi ne cessent de se creuser au fur et à mesure entre les pays développés et les pays en voie de développement, ainsi qu’au sein de chaque nation. Car même le travail forcé, soit le travail effectué sous la menace ou la contrainte, s’enracine dans les pays riches. La majorité de ces exploitants étant des agences privées, ou les maîtres de l’imposition d’une « servitude pour dettes ». Les enfants sont d’ailleurs les premières victimes de ce système, car dans le monde, près d’un enfant sur quatre est forcé de travailler[xiii].

3.1.Moteur de la Mondialisation : le profit

[Voir fig. 5 (cfr. Annexes) : Ce que sera le monde hypertrophié des riches en 2020.
En y regardant de près, on constate que la mondialisation économique est propulsée par l’idée de profit. Ainsi, les pays riches autant que les entreprises tirent profit de celle-ci par des voies diverses, convergeant toutefois toutes vers cette notion de profit.
Tout d’abord parce que le consommateur accède à un plus large panel de biens dont le prix est moins élevé que s’ils étaient produits dans le pays de l’acheteur. Pour ce faire, il est nécessaire que tous les biens économiques circulent sans entrave et composent une nouvelle économie mondiale où les entreprises et les systèmes productifs sont en concurrence avec les Etats. Ensuite, les capitalistes retirent de meilleures performances sur leurs investissements.
Nous pourrions épiloguer sur ce sujet durant de nombreuses pages. Parler de ses aspects philosophiques, écrire sur la justice sociale en évoquant le marxisme, le communisme ou encore la doctrine sociale de l’Eglise. N’en gardons à l’esprit que le principe.
Nous tenterons de préciser que la réalité s’éloigne très fort des principes doctrinaux d’Adam Smith, dans la mesure où le frein naturel qu’il suggérait, à savoir la concurrence, voit ses règles édictées par les acteurs les plus puissants du marché, à savoir les grands Etats et les grandes entreprises.
Si le profit peut être le moteur d’une croissance plus socio-économique que financière, on en revient au vœu profond du libéralisme naissant. Mais aujourd’hui, le profit tente de courir après lui-même, au détriment de valeurs humaines fondamentales, notamment la santé.
Pour ne prendre qu’un exemple, la société Du Pont de Nemours, forte de ses gigantesques moyens financiers, n’hésite pas à mobiliser des bataillons d’avocats, ainsi que des scientifiques et même des institutions pour peser sur les décisions des tribunaux et imposer la loi du silence aux victimes (naissance d’enfants sans yeux, autres malformations d’enfants in vitro) de certains pesticides qu’elle commercialise.[xiv]

3.2.Acteurs de la Mondialisation : les entreprises et les Etats

Le comportement des entreprises est un des éléments qui peut expliquer la mondialisation de l’économie. En effet, celles-ci ont pour objectif de réaliser un maximum de profits, ce qui les pousse à être constamment à la recherche de nouveaux marchés, ainsi que de nouveaux débouchés pour leurs produits.
La conséquence naturelle de cette excroissance continue des entreprises est leur développement évident au-delà des frontières nationales. Apparaissent alors des entreprises qui produisent, vendent ou s’administrent à l’échelle mondiale. Elles conservent leur identité d’origine et leur siège social qui reste localisé dans un pays et qui ne détermine dès lors plus que leur législation intra-muros.
Reste que ses liens étroits avec l’Etat, la nationalité des détenteurs de ses capitaux, ou celle de ses dirigeants peuvent modifier la nationalité de l’entreprise au cours des ventes et des rachats qu’elle pourrait subir. Il existe aussi des entreprises véritablement multinationales, que l’on pourrait qualifier de transnationales, et qui cumulent plusieurs nationalités, tels que Royal Dutch Shell ou Unilever.
La mondialisation est un cercle entretenu par les entreprises, qui les oblige ensuite à mener des stratégies à l’échelle mondiale et non plus locale, régionale ou nationale : une interdépendance s’est installée entre les politiques économiques, la conjoncture et les entreprises qui interagissent avec cet ensemble.
Alors que le commerce traditionnel reposait sur un commerce inter-branches, chaque pays jouant soit le rôle de l’exportateur, soit celui de l’importateur pour un produit donné, les entreprises ont fortement développé un commerce intra-branches, soit l’échange de produits similaires d’une même branche ou d’une même industrie, tel que des échanges de voitures entre pays d’Europe.
Afin de répondre tout de même aux préférences des consommateurs en termes de spécifications des produits (leur caractéristiques, leur couleur, etc.), les entreprises pratiquent une stratégie de différenciation de leurs produits lorsqu’ils sont similaires. Dès lors, ils ne sont jamais complètement identiques, et répondent tant aux attentes des consommateurs qu’ils contournent les inconvénients de la concurrence.
En outre, l’augmentation du nombre de multinationales a engendré le transfert d’une part croissante des échanges internationaux (plus du tiers) qui revêtent aujourd’hui la forme d’un commerce intra-firme, également connu sous le nom de « commerce captif »[xv]. Il n’y a qu’au point de vue douanier que ces échanges se sont internationalisés parce que ces échanges entre la maison mère et ses filiales ou même entre filiales d’une même entreprise internationale n’obéissent qu’à leurs règles propres, et celles-ci diffèrent fortement de la loi de l’offre et de la demande. C’est pourquoi l’analyse des résultats commerciaux de ces firmes dont l’activité dépasse le cadre national est très délicate.
Enfin, les Etats jouent également la carte de la mondialisation car certains d’entre eux ont à appliquer et à déterminer les règles fixées par les organismes internationaux, tels que la FAO ou l’OMC, l’ONU, etc… Le conseil de sécurité de l’ONU agit d’ailleurs directement, ou pas, sur les conflits politiques mondiaux, qui masquent de nombreux et d’importants conflits d’intérêts essentiellement économiques. Ces agissements trahissent une grande hypocrisie de la part des Etats, qui affichent souvent une politique dite « d’aide » au développement que nous expliciterons plus loin.

3.3.Moyens de la Mondialisation : chocs et ruptures

Le développement à vitesse exponentielle des nouvelles technologies a aidé la mondialisation à un degré supérieur à l’invention du télégraphe : elles ont permit l’amélioration des moyens de transport, la libre circulation de l’argent et de l’information par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).
La mondialisation a été largement favorisée par les décisions politiques de déréglementation et de libéralisation des échanges.
Les ruptures géopolitiques telles que le déclin du communisme et la chute du mur de Berlin a changé la donne de l’équilibre mondial et ouvert à la mondialisation un carrefour d’horizons qui lui étaient jusque là refusés, suite à la libéralisation des secteurs publics restés sous la tutelle de l’Etat.
On peut compter parmi les nouvelles théories nées du gouffre soviétique, qui prétendent expliquer l’avenir du monde, celle du « choc des civilisations »[xvi]. Son succès est principalement dû au fait qu’elle justifie la répétition d’une politique à l’élaboration discursive ouvertement « impérialiste »[xvii].
Le modèle bipolaire de la guerre froide s’effondrant, il a fallu créer une nouvelle conception du monde, sur le plan socio-économique autant que sur le plan politique et idéologique. Le triomphe définitif du libéralisme, entrevu par le politologue américain Francis Fukuyama juste avant la chute du mur de Berlin, reflétait l’apogée idéologique des Etats-Unis.
La thèse d’Huntington distingue plusieurs grandes « civilisations » dont la rivalité se reporte sur le plan mondial, mais qui peuvent avoir certaines connivences selon leurs besoins dans la lutte pour leur hégémonie ou contre celle des autres. Sa thèse survit en de nombreux points, malgré les critiques de ses divers critères mêlés (qu’ils soient politiques, religieux ou géographiques) : le « choc » entre le monde occidental, chrétien et orthodoxe, d’une part, et le monde musulman, de l’autre.[xviii]
C’est un paradoxe que cette théorie ait été entretenue par les intégristes et fanatiques musulmans, dont le discours vindicatif contre « les croisés et les juifs » alimentait un écho islamophobe, voire raciste, dont les racines plongent dans l’illusion collective des colonisations ancestrales et nouvelles.
La chute des tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001, confirme cette thèse, malgré le démenti de Hunington, pour qui le phénomène était lié à une lutte dans la « civilisation musulmane » elle-même. Par contre, le discours américain, attentif à ne pas perdre le bon sentiment des populations musulmanes, a vite fait de reprendre la traditionnelle habitude impérialiste de la « mission civilisatrice » occidentale. Notre regard d’occidental nous fait oublier que les populations proche-orientales en ont surtout retenu les revers cruels tels que Guantánamo, Abou Ghraib et Fallouja.[xix]

3.4.Expansion économique

On qualifie d’expansion économique une augmentation de la production d’une économie sur une période brève.
L’expansion économique induisant la mondialisation de l’économie est un processus hétérogène qui s’effectue grâce à la constitution de blocs commerciaux dont l’intégration est variable : Accord de libre-échange nord-américain, Union Européenne, Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN), etc.
Bien que certaines régions du globe soient écartées de la mondialisation, elles en subissent pourtant les conséquences et continuent de desservir les puissances plus intégrées en matières premières. L’Afrique subsaharienne fait partie de ces régions exploitées mais non-intégrées.

3.5.Notion de croissance

[Voir fig. 6 (cfr. Annexes) : Ceux qui sprintent et ceux qui piétinent.
[Voir fig. 7 (cfr. Annexes) : Les pollueurs du monde.
[Voir fig. 8 (cfr. Annexes) : Progrès et inégalités.
La croissance se définit par l’augmentation annuelle du PIB. Elle s’exprime à prix constant pour la croissance réelle, faute de quoi la croissance pourrait résulter d’une hausse des prix due à l’inflation.
La notion de croissance a trait à l’augmentation constante et régulière des quantités produites. Par extension, la croissance économique concerne l’accroissement continu de l’ensemble de la production d’une économie néo-libérale. C’est en partie là que se situe une sensible part du problème.
La croissance nationale est la source évidente de l’enrichissement et de l’élévation du niveau de vie de sa population. Tout bien réfléchi, c’est le progrès économique qui s’exprime à travers l’accroissement général du produit net par tête d’habitant. On parle également de développement ou d’expansion. C’est la conséquence de la production agricole, industrielle et des services. Le secteur tertiaire ayant peu à peu pris la place des deux précédents. On peut se poser la question de la continuation d’une croissance aussi élevée dans le temps. En effet, l’exigence d’une croissance exponentielle a des conséquences néfastes tant sur le capital humain, sur la stabilité du système financier (thèse que les origines de la récession économique actuelle vérifient), que sur l’environnement.
Car la croissance économique ne devrait pas être une fin en soi : elle consiste en l’amélioration de la condition humaine, ce qui sous-tend l’allégement de la peine des hommes, l’accroissement de leur niveau de vie, de leur temps libre, de leur espérance de vie, de la culture et de leurs occupations désintéressées[xx].
Etant un phénomène quantitatif et qui s’échelonne sur une longue durée, la croissance est mesurable par le taux de croissance du Produit intérieur brut[xxi] (PIB). Effectivement, une brève et soudaine hausse de la production nationale ne recoupe pas la définition de la croissance économique : il ne faut pas confondre croissance et expansion.
D’autre part, il est important de distinguer la croissance du développement, qui relate les évolutions sociales, techniques, démographiques et culturelles qui suivent de près la croissance de la production : le développement est associé à l’idée de progrès économique entraînant le progrès social (amélioration du niveau de vie, du niveau d’instruction, du bien-être de la population).
Les facteurs de croissance sont multiples : augmentation de la population active et meilleure qualification, progrès technique et innovations, accroissement du capital technique et perfectionnement de celui-ci.
On distingue deux types de croissance, l’une qui est dite extensive lorsqu’elle est le résultat d’une hausse quantitative des facteurs de production (plus de travailleurs et d’équipements) ; l’autre est dite intensive lorsqu’elle est due à une utilisation plus efficace des facteurs de production existants. Lorsqu’un pays ne peut facilement accroître sa main d’œuvre par exemple, il est important qu’il recherche une croissance intensive afin de palier à ce manque en restant compétitif[xxii].
Cependant, la croissance économique élevée d’un pays n’implique pas spontanément une augmentation du niveau de vie à l’intérieur de celui-ci. Tout d’abord, parce que la croissance démographique peut être bien plus rapide que celle de la production, à un tel point que la production par tête soit dévaluée ; c’est pourquoi on utilise souvent le PIB par habitant[xxiii] qui permet des comparaisons entre pays. Ce dernier cache toutefois souvent de grandes disparités dans la population et une inégale répartition des richesses. En outre, il n’inclut pas l’économie informelle ni les productions assurant une autosuffisance domestique ou locale. Enfin, le PIB enregistre aussi des augmentations quantitatives liées à des facteurs néfastes si l’on souhaite tenir compte du bien-être social (tel que la production d’alcool, de tabac, de pollution, les frais médicaux, etc.).

3.6.Nécessité de la croissance

Les échanges internationaux de biens et de services n’ont cessé de s’accroître de façon continue lors des trois derniers siècles, prenant une pause dans l’entre-deux-guerres. Le commerce des marchandises a ainsi été multiplié par 14 entre 1948 et 1997 ! [xxiv]
Traduction de l’expansion du commerce, l’augmentation des exportations de marchandises a été plus rapide que celle de la production mondiale.
Selon les théories économiques classiques de Robert Solow[xxv] (1924), il existe deux sources à la croissance : celle de la population et celle du progrès technique. La croissance du progrès technique rend possible des gains de productivité et des innovations multiples. Tandis que la croissance démographique accroît la demande des ménages de la même façon que les gains de productivité accroissent les profits des firmes, donc la demande en biens d’équipement.
Ces théories ont été améliorées dès les années 1980 par les économistes Paul Romer et Robert Lucas, mettant en avant le concept d’externalités. Ils démontrent que le progrès technique s’avère ne pas être un facteur « exogène » à la croissance, c’est-à-dire qu’il n’est pas inexpliqué ou extérieur, mais est au contraire le résultat des actions et décisions des agents économiques qui produisent et accumulent savoirs, connaissances, capitaux humains, et qui engendrent des innovations : le progrès technique est donc un facteur endogène. Cette hypothèse est appelée théorie de la croissance endogène.
Le progrès technique influe également sur l’organisation du travail dans l’entreprise, comme sur l’évolution de la consommation car il met de nouveaux biens et services à la disposition des ménages.

3.7.Alter Mondialisme

[Voir fig. 9 (cfr. Annexes) : Quand l’emploi fout le camp.
[Voir fig. 10 (cfr. Annexes) : L’autre face de la planète.
Malheureusement, les délocalisations et la concurrence exacerbée que subissent les entreprises et leur personnel, effets secondaires issus de la mondialisation, sont assez mal perçues par l’opinion publique. Les industries surpondérées en main d’œuvre peu qualifiée sont les premières cibles de cet accroissement de la concurrence internationale, qui s’étend à présent à de nombreux domaines : fiscalité, sécurité sociale, éducation, réglementation, etc. est petit à petit remise en question par la réduction de leur marge de manœuvre. La crise a cependant quelque peu renversé ce sablier…
Le développement de mouvements de protestations s’explique par ces conséquences négatives qu’engendre la mondialisation. Ils se rassemblent sous le nom d’altermondialisme, par la coalition de groupes fort différents, tels que des Organisations non gouvernementales (ONG), des associations ou des mouvements pacifistes.
L’altermondialisme (ou l’antiglobalisation en anglais) est un mouvement politique et idéologique qui se défini par la recherche d’une alternative à la mondialisation et l’expression d’une société civile mondiale dont le premier Forum social mondial a eu lieu à Porto Alegre, au Brésil, en janvier 2001.
Le mouvement altermondialiste proteste contre les excès de la mondialisation libérale conduite par les Etats-Unis et jugée pénalisante pour les exclus du système, c’est-à-dire les paysans pauvres des pays du Sud, les salariés précaires des pays du Nord, et les chômeurs. De nombreuses manifestations sont organisées par ses défenseurs lors des sommets économiques internationaux, tels que les rencontres de l’OMC, considérées comme le moyen d’exécution de la mondialisation libérale.
En outre, pour des millions d’individus, la croissance économique que calcule le PIB s’assorti d’une insatisfaction de leurs besoins essentiels, car ainsi qu’expliqué ci-dessus, le qualitatif est insoluble dans le quantitatif.
Ainsi, alors que le PIB/habitant n’a cessé d’augmenter de manière exponentielle dans les pays de la triade, le nombre de personnes concernées par la précarité, le manque d’accès à l’eau potable, l’inanition, ou l’analphabétisme se dénombre toujours en millions ! Et le revenu d’1% de la population la plus riche de la planète égale toujours 57% des revenus des plus pauvres[xxvi].
Simultanément, la croissance de la pollution de l’atmosphère en CO2 est indéniable : en 2050, elle pourrait avoir doublé par rapport à l’époque préindustrielle[xxvii]. Or, ce sont les pays riches qui en sont les premiers responsables car il a été estimé qu’un citoyen américain dégage 5500 kg d’équivalent carbone par an, alors qu’un Népalais n’en envoie que 35, en sachant que le niveau critique d’émission est de 500 kg[xxviii].
Il y a plusieurs solutions pourtant à l’impasse actuelle : la première est la proposition du développement durable pour « répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations à venir de répondre aux leurs », adoptée par l’ONU en 1987 après le rapport Brundtland. Elle a permis l’adoption du protocole de Kyoto (1997) pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cependant, cette attitude émet l’hypothèse erronée qu’une croissance perpétuelle est conciliable avec la résolution des enjeux problématiques que constituent l’écologie et les injustices sociales. Car en admettant que la production continue de croître de manière exponentielle, l’amélioration des techniques productives ne permet d’épargner que relativement les ressources.
Secondement, il existe la possibilité de rejeter toute forme de développement et de préconiser la « décroissance » des activités économiques. Les défenseurs de cette thèse récusent la distinction entre croissance et développement, et prétendent que le développement ne peut que perpétuer le maintien du joug occidental sur le tiers monde. Mais cette alternative mésestime l’accroissement nécessaire de la production matérielle pour les peuples précarisés. De plus, elle pèche par relativisme culturel lorsqu’elle regarde la pauvreté à travers le spectre de valeurs et de points de vues occidentaux. Car le bonheur individuel local de certaines populations ne s’achète pas avec les produits issus de la fantasmagorie occidentale.
Enfin, une troisième voie que l’on pourrait résumer en trois aspects peut être ébauchée. Tout d’abord le droit de tout les individus à la satisfaction de leurs besoins essentiels, qu’ils soient alimentaires, éducatifs, hygiéniques, de bonne santé, ou de démocratie (mais ce régime est lui aussi une projection occidentale). La réalisation de ce projet passe sans conteste par le droit de disposer d’un temps de croissance économique ;
Ensuite cette croissance ne pouvant être éternelle, il est nécessaire de discerner les productions dont la progression reste positive et nécessaire de celles dont on doit aussitôt réduire la cadence, et ce premièrement dans les pays riches.
Pour finir, il est primordial qu’une nouvelle idée de la richesse soit envisagée, afin que la baisse du temps de travail soit avantagée par rapport à la progression sans fin de la production et de la consommation ; que les valeurs liées aux coutumes soient mises en avant des valeurs marchandes, que l’élargissement du domaine public (par l’émission d’assurances-maladies, de revenus pour les retraités, voire d’une allocation universelle et inconditionnelle) et le resserrement de la sphère privée ; que la gouvernance des biens communs à l’humanité (tels que les ressources, l’histoire et les savoirs) soit laissée aux justes mains de la collectivité, nécessitant subséquemment la prescription de leur privatisation. Cette opportunité de réviser l’ordre mondial vers plus d’équité est malheureusement aux antipodes de la tendance à la libéralisation, que nous avons connu jusqu’à la crise des subprimes.

3.8.Cadre institutionnel de la Mondialisation

L’économie globalisée opère sous l’égide d’institutions internationales de tailles non négligeables qui ont été fondées après la seconde guerre mondiale.

3.8.1. OMC

Afin de permettre le développement extra frontalier des entreprises, les Etats ont cherché à s’engager dans une organisation commune, l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), en vue de réduire les obstacles à l’échange.
C’est-à-dire : optimiser l’accès aux marchés, réduire les droits de douane, abolir les restrictions quantitatives (quotas), etc.
L’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, le GATT, est signé le 30 octobre 1947 par 23 pays, en vue d’harmoniser les politiques douanières des pays signataires. Il n’entrera cependant en vigueur qu’en janvier 1948. C'est un accord multilatéral de libre-échange visant la baisse des prix à la consommation, une meilleure utilisation des facteurs de production, et enfin à favoriser l'emploi dans les secteurs où chaque pays détient un avantage comparatif. Lors des derniers cycles de négociations, l'Uruguay Round, de 1986 à avril 1994, officialisé par l’accord de Marrakech, aboutit à la création de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). En 2004, l’OMC regroupait 148 pays membres[xxix].
En 2001 à Doha, au Quatar, l’OMC a lancé un nouveau cycle de négociations visant la libéralisation accrue du commerce mondial.

3.8.2. FMI – Banque mondiale

Le Fonds monétaire international (FMI) est né en 1944 lors des accords de Bretton Woods[xxx], en vue de mettre fin aux désordres monétaires de l’entre-deux guerres.
La Banque mondiale a son siège à Washington et fait partie des institutions de l’ONU. Elle a pour projets d’organiser l’aide et les prêts au développement. Elle est créée en 1945 après les accords de Bretton Woods, sous le nom de Banque internationale pour la reconstruction et le développement.
Le FMI et la Banque mondiale participent de pair avec l’OMC aux aspects commerciaux de la mondialisation.

3.8.3. SDN – ONU – OCDE – G20

Le Groupe des 20 (G20) est un forum économique créé en 1999, suite au G7 de Washington, à la suite des crises financières des années 1990. Son but est d’élargir le dialogue entre les puissances économiques et favoriser la concertation internationale entre pays émergeants et pays développés, considérant que « la croissance et la stabilité de nos économies aideront à la prospérité de l’ensemble du monde industriel et des pays en développement ». Il réuni à cet effet les ministres des finances de 19 pays[xxxi] - ainsi que leurs premiers ministres depuis 2008 - et le Président du conseil de la Banque centrale européenne. Il est représentatif des deux tiers du commerce et de la population mondiale et plus de 90% de la somme du PIB des pays mondiaux.
L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) est une organisation internationale d’études économiques. Elle a succédé à l’Organisation européenne de coopération économique (OECE)[xxxii]. Elle rassemble majoritairement des pays développés qui ont pour point commun un régime démocratique et une économie de marché ; et son rôle est surtout consultatif. Il ne représente pas tous les pays de la planète mais propulse et entretien la mondialisation en accordant aux pays riches et industrialisés la possibilité de définir ensemble les orientations de l’économie dans les domaines des services financiers, de l’investissement, etc.
La Société des Nations (SDN) était l’organisation internationale basée à Genève et officialisée en 1919 à par le Traité de Versailles au cours de la Conférence de paix de Paris. Son but était de maintenir la paix en Europe après la Seconde Guerre mondiale, de préparer le désarmement et la prévention des guerres par le principe d’une sécurité commune, le choix de résoudre les conflits par la négociation, et l’amélioration de la qualité de vie des individus. En 1945 lui succède l’ONU.
L’Organisation des Nations Unies (ONU) est une organisation internationale qui a pour objectif la recherche de coopération entre nations dans des domaines aussi divers que le développement économique, la santé, le droit international, les droits de l’homme ou les progrès sociaux. Elle comprend différents organismes majeurs dont l’Assemblée générale (représentative des Etats membres), le Conseil de Sécurité (exécutif en matière de paix et de sécurité), le Conseil économique et social (promouvant la coopération économique, sociale et au développement), le Secrétariat (pour sa gestion quotidienne) et la Cour internationale de justice (en matière judiciaire).

3.9.ONG

[Voir fig. 11 (cfr. Annexes) : A chacun son forum social…
[Voir fig. 12 (cfr. Annexes) : Le budget des ONG internationales & Les ONG et l’ONU
Des forums altermondialistes d’envergure, tel que Porto Alegre, ont fait apparaître de nouvelles formes de mobilisation sociale. Depuis l’intervention des Organisations non gouvernementales (ONG) au Sommet de la Terre organisé par l’Organisation des Nations Unies (ONU) en 1992, elles jouent un rôle de premier ordre sans que l’on ne puisse pour autant les assimiler aux « nouveaux mouvements » sociaux » altermondialistes.
La fin du XXe siècle a connu un important développement de ces mouvements, supposés indépendants des Etats, et souvent aussi des partis politiques. Ce sont des associations spécialisées (par exemple, dans le développement, l’aide humanitaire d’urgence, la défense des droits humains, la paix, l’environnement, etc.) qui peuvent consister en des groupes d’experts ayant des limites dans leurs effectifs ou des mouvements de masse. Quelque fois, les deux critères se vérifient. De nombreuses ONG sont également apparues à travers des associations internationales, développant leur action dans un pays particulier (tel qu’en France, le Comité catholique contre la faim et pour le développement, CCFD). D’autres se sont spécialisées dès le début à l’échelle mondiale (comme Amnesty international), ce sont des « ONG internationales » (ONGI).
Malheureusement, l’expansion d’un espace mondial d’action et de financement de projets de type associatifs a engendré la profusion de fausses ONG, par les Etats, les mafias, ou les financiers étrangers.
Depuis Porto Alegre, on invoque également la naissance d’un « nouvel internationalisme » de mouvements sociaux dont les relations sont complexes avec les ONG. Leur action peut autant s’apparenter à une solidarité internationale qu’à un ministère international ou à une politique d’influence de type lobbyiste. Les effectifs des ONG ont par ailleurs doublé en dix ans[xxxiii].

4.1.Une croissance exclusivement financière

La contrainte de rentabilité à laquelle appelle le capital est le foyer d’une exigence orgueilleuse qui contrevient aux fondements de la vie naturelle et sociale des individus. Le non-sens de cette conception réside d’un facteur culturel qui fut trop souvent négligé : la difficulté qui réside dans l’échec de la notion de progrès à s’expliquer d’elle-même.
Provenant de la philosophie des Lumières, l’idée de progrès a tenu lieu de cadre idéologique à la révolution industrielle. L’expansion économique qui y était lié avait engendré de tels dégâts qu’il ne faudrait pas renoncer à l’idée du progrès. On ne peut nier qu’il est un considérable danger à laisser une croissance absolue ou des inégalités croissantes se développer plus qu’à l’état actuel des choses. Il serait plus prudent de séparer le développement de la vie humaine de l’augmentation des biens de l’homme. Il serait temps que l’être humain puisse se passer et se détacher de l’accumulation des capitaux, qu’il quitte « l’avoir » pour se tourner vers plus d’ « être », permettant ainsi une meilleure répartition des ressources.

4.2.Que régit le marché : l’offre ou la demande ?

Après avoir tenté de définir ce qui motive l’activité économique et la croissance, nous pouvons nous poser une question qui pourrait sembler simpliste. En toute logique, la production est là pour répondre à des besoins. Or, lorsqu’on analyse la pyramide des besoins d’Abraham Maslow[xxxiv] (1908-1970), on découvre que l’homme a certes des besoins primaires (tels que manger, dormir, etc.), mais qu’il a aussi besoin d’être aimé, reconnu ; en résumé, que ses besoins sont aussi psychologiques. Les besoins se situent au niveau de l’interaction entre l’individu et son environnement.
Donc, mis à part ses besoins élémentaires, le « demandeur » ne formule pas facilement ses autres besoins. Les entreprises, ou pour certaines d’entre elles, des instituts spécialisés, étudient ce qui pourrait éventuellement convenir aux consommateurs ; en tout cas ce qu’ils seraient susceptibles d’acheter, et non ce dont ils ont spécialement besoin. Outre les besoins primaires, cette recherche s’affine au niveau des besoins secondaires, comme le besoin de mobilité, de se vêtir, de loisirs, de rencontres diverses, mais aussi dans tout ce qui peut amener l’individu à se trouver mieux considéré par son entourage. Une fois les recherches psychologiques fondamentales réalisées, et l’étude de marché effectuée, c’est le tour de la publicité de susciter ces besoins.
Beaucoup de consommateurs se laissent donc faire et se contentent de choisir à l’étale que leur offrent les entreprises. Et comme la production est d’autant plus rentable qu’elle est standardisée (économies d’échelles), il en résulte la formation d’une masse d’individus qui deviennent les esclaves de notre siècle. A la différence de ceux qui ont vécus au temps des grecs et des romains, ils sont inconscients de leur statut avilissant.
Economiquement, ce sont les entreprises qui produisent ce qui leur est le plus profitable, et elles le vendent au prix le plus élevé que le consommateur pourra accepter. Dans ce cas, nous entrons dans une logique singulièrement plus financière qu’économique.
Or, les associations de consommateurs ne peuvent que commenter les produits existants : il est rare qu’elles écartent un produit du marché, et plus rare encore qu’elles provoquent la production d’un produit ou d’un service nouveau.

4.3.Le véritable problème : les termes de l’échange

Le progrès technique, la recherche de généralisation de régimes dits démocratiques, la prolifération de discours visant à venir en aide aux pays les plus pauvres, la création de d’organismes internationaux, nationaux ou supranationaux d’aide au développement ne sont que des façades. En effet, derrière chacune de ces organisations, se trouve une administration, des budgets, qui ne sont alimentés que par les pays riches, eux-mêmes dépendants de leurs lobbyings. Rien n’a vraiment changé depuis la colonisation, sinon les apparences, et la différence est mince entre esclavage et surexploitation sous-payée : dans les deux cas, c’est toujours la loi du plus fort qui domine.

4.4.Dumping économique sur le marché du coton

Les pays développés, riches, demandent au reste du monde, plus pauvre, de se débarrasser de ses subventions. Cependant, les pays riches continuent malgré tout à dépenser 1 milliard de dollars par jour pour subventionner leurs propres entreprises agricoles.
Les pays riches pratiquent le dumping sur des produits subventionnés avec les pays en voie de développement, ce qui occasionne une baisse du prix des produits locaux et des effets désastreux sur l’économie locale. Ce terrain de jeu déséquilibré a rendu de nombreux agriculteurs encore plus pauvres, ou les a mis dans l’obligation de quitter leurs terres complètement[xxxv].
Une illustration judicieuse de cette problématique est l’exemple du Mali. Sur le marché mondial, le coton américain se négocie à des prix de 30 à 40% moins cher que celui du prix du coton africain. Or, en Afrique occidentale et centrale, cinq pays vivent presque exclusivement du coton, dont le Mali, pour lequel 85% des revenus proviennent de cette matière première. Avec la concurrence du coton américain, c’est la ruine de ce pays et de tous ceux qui sont dans son cas.
Ambassadeur du Mali devant l’ONU et l’OMC, Sidiki Lamine tente de défendre la position africaine devant le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy. En effet, l’argument de Lamine tient dans le contenu même des statuts de l’OMC, à savoir qu’ils interdisent formellement le dumping agricole.
Théoriquement, les pays africains sont en droit d’exiger que cessent les subventions américaines. Malheureusement, ni le Mali, ni aucun pays africain concerné n’a les moyens de se payer un bureau d’avocats pour plaider une telle cause. Lamy le sait. En conséquence il rétorque que l’OMC n’est pas une agence de développement, alors que le représentant malien soulève les souffrances ainsi infligées aux familles de planteurs africains. Lamy tente alors d’imposer un accord fondé sur une « acceptation volontaire ».
Le Mali refuse, sachant que les statuts de l’OMC exigent l’unanimité des 149 Etats membres pour toute décision importante. L’OMC étant à court d’arguments, il fait appel au FMI, banquier international de la plupart des pays en voie de développement, essentiellement là pour les aider à financer leur dette extérieure. Le FMI refusera de refinancer la nouvelle dette et exigera la privatisation de la filière du coton. Les producteurs africains ont ainsi été renvoyés à la jungle du libre marché international, et de la concurrence sous contrôle occidental… La destuction des familles, la faim, la prostitution enfantine, le chômage permanent et le désespoir qui y sévissent en sont les conséquences directes[xxxvi].

4.5.Conférence de Bandung et non-alignement

Du 18 au 24 avril 1955, eut lieu à Bandung une réunion des dirigeants de 27 pays du sud, sous l’impulsion essentielle de Jawaharlal Nehru[xxxvii] (1889-1964), alors premier ministre de l’Inde. Ces pays cherchaient à définir une politique commune (militaire, culturelle et économique) pour faire face aux puissances coloniales occidentales et affirmer ainsi une identité culturelle et politique propre aux pays du sud. Cette conférence engendra un mouvement structuré puissant.
Dans le contexte de la guerre froide, cette structure nouvelle donna naissance au Mouvement des non-alignés. En effet, le souci majeur de ces chefs d’Etats était le bien-être de leurs populations respectives, bien plus que de s’aligner avec l’une des deux idéologies dominantes de l’époque. Par la suite, les conférences du Mouvement des non-alignés se succèderont au rythme de une tous les trois ans. Mais très vite, leurs décisions n’intéresseront presque plus personne,... jusqu’en 2006.
Du 11 au 16 septembre 2006, lors de son quatorzième sommet à La Havane, le Mouvement des non-alignés, que l’on croyait moribond, connaît une résurrection. 116 sur 118 Etats membres y sont présents. Il faut savoir qu’à l’Assemblée des Nations Unies, 120 des 192 Etats membres appartiennent au Mouvement des non-alignés.

4.6.Effet de la mémoire collective : « la haine de l’Occident »

Dans son livre La haine de l’Occident, Jean Ziegler met en évidence un phénomène particulier : celui de la mémoire collective. En ce sens, il parle de Bandung comme la naissance d’un mouvement identitaire. Dans ces pays du sud, des centaines de millions de personnes vivaient encore sous le joug colonial ou sous celui des dictatures satellites mises en place par les métropoles. En cela les pays du sud affirment leur singularité culturelle, politique et historique. Pour illustrer son analyse, Ziegler se sert des multiples observations et rencontres qu’il a pu faire au cours de son passage à l’ONU en tant que rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation de 2001 à 2008.
La renaissance du Mouvement des non-alignés après cinquante ans est un signe imprévisible de ce que Ziegler appelle la « mémoire collective des peuples opprimés ». Cette oppression, c’est un ensemble de comportements occidentaux, qui, tous, ont conduit au non respect de populations autochtones touchées par les découvertes et les invasions. La traite des noirs est un élément fondamental. Les conséquences des conquêtes espagnoles en sont une deuxième. La gestion coloniale anglaise en Indes, une troisième ; et bien sûr, l’Afrique, après avoir subi la traite, s’est vue partager son territoire, avec pour essentielle ambition l’exploitation et le vol de ses richesses minières.
En fait, aucune de ces souffrances n’a disparu. Au plus elles étaient effroyables, au plus les peuples les enfouissaient profondément dans leur mémoire. Mais par leur culture, leurs croyances, soit peut-être les seules choses que les colonisateurs n’aient pu leur enlever, la mémoire est restée vivante. Maintenant, elle s’exprime, petit à petit.
Pour illustrer ce réveil fragile, voici un extrait du discours d’Evo Morales au moment où, en décembre 2005, après avoir été élu avec 53% des voix, il devient président bolivien ; mais surtout, le premier indien à accéder au pouvoir depuis l’invasion espagnole du XVe siècle : « Sœurs et frères indigènes de Bolivie, des pays d’Amérique latine et du monde entier : aujourd’hui, depuis Tiwanaku, depuis la Bolivie, commence une nouvelle ère pour les peuples originels, une nouvelle vie dans laquelle nous cherchons l’égalité et la justice ; une nouvelle ère, un nouveau millénaire pour tous les peuples (…) »[xxxviii]

4.7.Conférence de Durban et l’inavouable passé colonial

En 2001, Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies et Mary Robinson, Haut-Commissaire aux droits de l’homme, convoquèrent ensemble, en Afrique du Sud, à Durban, la fameuse conférence mondiale contre le racisme. Mary Robinson fixait ainsi l’horizon des travaux de la conférence : « C’est la première fois que s’affirme une volonté commune d’écrire l’histoire sur des sujets difficiles. Dans certains pays le colonialisme est regardé comme une période glorieuse. Dans d’autres, il est synonyme de dévastation. Durban ne peut être qu’un point de départ visant à unifier ces visions »[xxxix]. Au nom de la coalition des ONG africaines, Alioune Tine exigea « que l’esclavage et le colonialisme soient reconnus comme un double holocauste et crime contre l’humanité. Nous exigeons réparation de la part de l’occident pour le pillage des matières premières, le déplacement forcé des populations, les traitements inhumains et la pauvreté actuelle de l’Afrique, fruit de cette histoire de crimes et de spoliations »[xl]. D’autres discours allèrent dans le même sens.
En réaction, les occidentaux (Français, Belges, Britanniques, etc.) répondirent par le mépris. Durban a démontré la profondeur et la gravité des blessures des pays du sud mais aussi l’inconscience de l’Occident de l’ampleur du problème. Celui-ci est peut-être très simple, car il n’est autre que celui de la victime qui implore qu’on lui demande « pardon ». Mais ce pardon coûte cher.
En juillet 2007, le Président français, Nicolas Sarkozy, a lui-même démontré son incompréhension du problème, ou son refus de comprendre, en commençant son discours de Dakar en disant : « Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu pour vous parler repentances » et s’en suit une démonstration où le nouveau président parle d’avenir sans vouloir aborder le passé. Cherchant encore à décrocher des « contrats »… Quelques jours plus tard, à Alger, le Président Bouteflika lui répondra que « la mémoire vient avant les affaires » et exigera la reconnaissance des méfaits commis en cent-trente-deux ans d’occupation et des crimes perpétrés par l’armée coloniale. A cela, le Président rétorque que « le passé, il existe. L’avenir, il est à reconstruire. Je ne suis pas venu pour la nostalgie. »
Ces quelques exemples montrent l’abîme qui existe encore entre aujourd’hui entre le nord et le sud.

4.8.Le partage des richesses : un souhait, une utopie ?

Après la seconde guerre mondiale, la SDN fût remplacée par l’ONU, avec à ses côtés, entre autres le FMI. Pouvons-nous nous poser la question de savoir si celui-ci n’était pas l’organe destiné à maintenir, pour un temps, la conduite des marchés internationaux, sous le couvert d’une mission dite humanitaire ?
Dans le cadre de ce travail sur la mondialisation de l’économie, il était impossible de ne pas parler de cet aspect profondément humain.
Dans son ouvrage Fraternités, Jacques Attali met en balance le marché et la démocratie lorsqu’il parle de ce que pourrait devenir la mondialisation. Il dénonce la terrible puissance des marchés et des quelques super entreprises multinationales qui tiennent les rennes des marchés les plus importants.
Face à elles, il y a les Etats. Mais même assortis d’institutions démocratiques, vont-il être capables de respecter les intérêts fondamentaux de leurs populations ? Ou ne sauront-ils pas faire face à la puissance des lobbies financiers? Attali propose alors la création d’institutions résolument « mondiales », dont l’objet serait de remplacer les Etats, devenus trop faibles sur le marché ; et ayant pour rôle de représenter les citoyens, en mettant en place des « super lois » qui veilleraient au respect de valeurs fondamentales, définies démocratiquement. Tout cela est bien, mais il serait judicieux de se demander qui financera ces institutions ? L’histoire nous montre que d’où vient le financement vient aussi le pouvoir...
Par leur nombre, les pays du sud représentent aujourd’hui une réalité qui commence à se faire entendre. Pourtant elle est encore trop souvent muselée. Néanmoins, elle existe, et nous avons tenté de montrer l’ampleur de la renaissance de ce mouvement.
Au-delà du pardon, ces peuples demandent un partage équitable des richesses. Aujourd’hui, l’Occident pourrait encore participer au partage. S’il ne le comprend pas, peut-être sera-t-il acculé à le subir, à son détriment. Peut-on augurer ce revirement ?
Après avoir tenté de décrire l’origine du lent processus d’internationalisation de l’économie, les tensions sociales et les conséquences qui en résultent, telles que l’inégalité entre les forces économiques du secteur privé (les entreprises et multinationales) et celles du secteur public (les Etats et leurs institutions), nous pouvons avancer l’idée qu’il s’agit avant tout d’un énorme problème humain.
Car la révolution industrielle n’a fait que mettre le feu à un développement économique d’abord sauvage. Celui-ci était essentiellement national. Aussi, des corrections sociales ont eu lieu à l’intérieur des Etats entre la fin du XIXe siècle et la Seconde Guerre mondiale. D’ailleurs, c’est à l’aide d’une législation sociale adaptée que nous avons vu naître la sécurité sociale et un système de solidarité au niveau du travail en Europe.
A partir du début du XXe siècle, l’internationalisation de l’économie s’est fortement développée grâce à des progrès techniques de plus en plus nombreux. En même temps, les techniques liées au commerce et à la gestion des multinationales se sont fort affinées.
Après la Seconde Guerre mondiale, des institutions internationales ont vu le jour en ayant pour mission d’apporter un équilibre sur les marchés. Une des causes essentielles de l’instauration des ces organismes, notamment le FMI, furent les déséquilibres monétaires durant l’entre-deux-guerres. Malheureusement, ces organismes n’ont pu prendre un rôle décisif à l’échelon international, au même titre que les Etats auparavant, lorsqu’ils imposèrent leur autorité dans les domaines sociaux ; et prendre les décisions spécifiques qui leur auraient permis d’imposer une gouvernance supranationale. Dès lors, aucun facteur n’est venu combler l’écart entre le nord et le sud, qui est resté cruellement profond.
Derrière la croissance économique, l’énorme souffrance de centaines de peuples est restée en filigrane depuis le XVe siècle. Et avec elle, l’exploitation systématique, organisée et délibérée de leurs ressources minières et de leur capital humain. Tandis qu’au niveau mondial, les organisations internationales n’ont pu conduire à la solidarité attendue.
Effectivement, à l’échelle supranationale, la construction européenne dont nous n’avons pas parlé, faute de place, est peut-être un élément qui peut nous donner de l’espoir, dans la mesure où ce qu’elle a engrangé pourra servir d’exemple aux organisations internationales à venir que prône Attali.
Bien que la Mondialisation comporte de nombreuses facettes, il nous semble nécessaire de conclure sur le désastre de la course au profit pour lui-même : la puissance financière génère tellement de pouvoir et d’influence sur l’humain que John Acton[xli] disait à ce propos : « le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ». Aussi nous est-il tenté de résumer que la puissance financière et sa croissance ne sont pas une finalité en soi, qui mérite qu’on lui sacrifie des millions de vies pour assurer sa « survie ». C’est pourquoi il nous semble bon de rappeler que l’échange n’a de valeur que tant qu’il reste le moyen du progrès humain, et que la valeur n’a d’échange que tant qu’elle apporte du bonheur à l’humanité.

Ouvrages généraux
- Hubert Bonin, Concentration économique, Encyclopædia Universalis, Edition 1993, pages 286 à 290.
- M. Bekaert, L. Bosson, C. Evrard, O. Gobert, C. Jacques, P. Lother, Dynamiques socio-économiques : Mondialisation, Des savoirs pour comprendre les territoires-sociétés, Editions De Boeck Wesmael, 2001, pages 114 à 117.
- Christophe Degryse, Mondialisation, L’économie en 100 et quelques mots d’actualité, Editions De Boeck, 2005, pages 144 à 145.
- Le Monde Diplomatique, L’Atlas, Editions Armand Colin, 2006, pages 103 à 147.
- Jean-Yves Capul, Olivier Garnier, Mondialisation, Dictionnaire d’Economie et de sciences sociales, Editions Hatier, 2005, pages 282 à 289.
Livres
- Jacques Attali, Fraternités, Librairie Arthème Fayard, 1999, 232 pages.
- Jacques Attali, La crise, et après ?, Librairie Arthème Fayard, 2008, 208 pages.
- Ignacio Ramonet, Ramòn Chao, Wozniak, Abécédaire partiel et partial de la Mondialisation, Editions Plon, 2003, 436 pages.
- Paul Krugman, La mondialisation n’est pas coupable : vertus et limites du libre-échange, Editions La Découverte, 1998, 218 pages.
- Matthieu Pigasse, Gilles Finchelstein, Le monde d’après, Editions Plon, janvier 2009, 231 pages.
- Michel Chossudovsky, Guerre et mondialisation : la vérité derrière le 11 septembre, Editions Ecosociété, 2008, 256 pages.
- Michel Chossudovsky, La mondialisation de la pauvreté, Editions Ecosociété, 1998, 383 pages.
- Gilles Y. Bertin, L’investissement international, Editions P.U.F., 1967, pages 110 à 126.
- George Lefranc, Histoire du commerce, Editions P.U.F., 1942, pages 49 à 126.
- Janine Bremond, Alain Geledan, Dictionnaire des théories et mécanismes économiques, Editions Hatier, page 111.

Articles de presse
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- Monique Chemillier-Gendreau, Un instrument pour une mondialisation maîtrisée, Le Monde Diplomatique, Edition imprimée, janvier 2008, page 25.
- Jean Crusol, Les îles à sucre. De la colonisation à la mondialisation, Le Monde Diplomatique, Edition imprimée, novembre 2007, pages 24 à 25.
- Jean Tardif, Joëlle Farchy, Les enjeux de la mondialisation culturelle, Le Monde Diplomatique, Edition imprimée, février 2007, page 29.
- Jean Ziegler, Mondialisation, tyrannie des riches, Le Soir, Edition imprimée, 21 octobre 1992, propos recueillis par Dominique Berns, 2 pages.
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7.1.Théories du capitalisme libéral

David Ricardo élabore la loi de la rente foncière selon laquelle l’ensemble des terrains cultivables d’une économie présente différents niveaux de fertilité que l’on mesure en réalisant la différence entre le coût de la culture d’une unité d’aire, mettons l’hectare, et le rendement de celui-ci. Ricardo a émit l’hypothèse que l’ensemble des terres soit classé par ordre décroissant de fertilité et stipule que leur mise en culture suive ce classement.
Selon la théorie malthusienne[1] de l’accroissement continu de la population, il est incontournable de mettre en culture des terrains dont la fertilité est de plus en plus réduite, au fur et à mesure de l’évolution démographie présupposée. Or, des produits similaires, nonobstant qu’ils soient cultivés sur des terres de fertilité divergentes, ne peuvent être vendus à des prix différents. De surcroît, nul produit ne peut être vendu plus bas que le coût qu’implique sa production. Donc, Ricardo déduisit que le prix des denrées agricoles doit être aligné sur le prix de celle dont le coût de production est le plus important, qui correspond d’ailleurs à la terre la moins fertile.
Pour Ricardo, la différence entre le coût de production des produits en provenance des sols les plus et les moins fertiles justifie la rente prélevée par les propriétaires des sols les plus fertiles. Il établi également la loi de la valeur du travail, d’après laquelle la valeur d’un bien dépend du coût de sa production. Il défini enfin le salaire minimum nécessaire à la survie de l’ouvrier et de ses proches. Il prolonge et ajoute à la théorie d’Adam Smith que même si un pays était en position désavantageuse dans la vente d’un produit, il devrait se spécialiser dans la production pour laquelle son désavantage est le moins important. C’est la théorie de l’avantage comparatif.
Ricardo montre que cette spécialisation augmente simultanément la production des biens exportés et produits dans le pays, et la production des autres biens importés et achetés dans les pays qui se sont spécialisé dans ces derniers.
L’impact important des travaux d’étude de Ricardo se ressent tant sur les théoriciens néolibéraux et monétaristes que sur les marxistes (Marx prenant pour point de départ ses théories) et les investigateurs du socialisme scientifique. Les théories monétaristes précitées sont issues de l’Ecole de Chicago, développée à partir des années 1960, dans le prolongement de l’école néoclassique (courant dominant de la pensée économique contemporaine). Son chef de file, Milton Friedman (1912-2008), invitait à agir sur la quantité de monnaie en circulation dans l’économie afin de favoriser la croissance. Selon lui, la croissance était assurée en veillant à la stabilité des prix par la lutte contre l’inflation. Cette « théorie quantitative de la monnaie » s’oppose à celle de l’école keynésienne, qui propose d’agir sur le niveau d’investissement.
Il est cependant nécessaire de garder une certaine réserve à l’égard de ce modèle qui ne connaissait pas le développement actuel des échanges intra-entreprises, ni les conditions relatives à la demande de produits semblables mais non identiques de la part du consommateur.
D’ailleurs, de nombreuses critiques se sont élevées dès le XIXe siècle contre ces théories classiques. Les controverses nées de leur interprétation auront des prolongements jusqu’au XXe siècle, quand les économistes suédois Eli Hecksher (1879-1952), Bertil Ohlin (1899-1979) et l’économiste américain keynésianiste Paul Samuelson (1915), père de la microéconomie traditionnelle actuelle, ont approfondis la théorie de l’avantage comparatif en cherchant à expliquer les différences comparatives des coûts de production entre les pays.
Ceux-ci soutiennent que les pays ont intérêt à se spécialiser dans les productions qui nécessitent des facteurs de production dont ils disposent en abondance. Ils affirment en outre que « les nations doivent se spécialiser dans les industries qui sont le plus à même d'utiliser efficacement la combinaison de leurs ressources nationales ». D’autre part, l’égalisation des prix des produits est permise par leur échange.

7.1.1. Théorie d’Adam Smith

Les théories d’Adam Smith sont axées sur la richesse et la croissance économique des nations. Elles ont fortement influencé la pensée libérale du XVIIIe siècle à nos jours.
Dans son œuvre[xlii], Adam Smith démontre les avantages de la division entre nations du travail, en s’opposant aux doctrines mercantilistes[xliii]. Il y analyse les mécanismes de la croissance d’une nation, à partir des trois facteurs de production qu’il distingue : le capital, le travail, et la terre. Il déclare que la valeur d’un bien peut être évaluée à la quantité de travail mise en œuvre pour le produire.
Ses idées[xliv] furent largement appliquées, en partie grâce à la période cruciale où elles apparurent : depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’au début du XIXe siècle, l’industrialisation battait son plein en Angleterre ; faisant de ce pays la patrie du libéralisme et un lieu où l’on attend des individus en quête de profits de participer au bien-être de tous.

7.1.2. Théorie de David Ricardo

Tandis que David Ricardo[xlv] (1772-1823) fonde les théories du capitalisme libéral[xlvi] et de l’échange international[xlvii], qui démontrent que les acteurs économiques ne trouvent aucun désavantage dans la pratique du commerce, chacun ayant au contraire tout à y gagner.
L’essentiel des travaux de Ricardo porte sur la relation entre profit, salaire et rente. Le profit est le revenu du capitaliste, soit des propriétaires du capital de production. Le salaire est le revenu de l’ouvrier qui fournit le travail indispensable à la production. La rente est le revenu du propriétaire du sol qui abrite l’appareil productif. Ce schéma à trois entrées donna la possibilité à Ricardo de répartir les biens produits en trois classes et d’analyser la distribution des richesses entre les différents acteurs de l’économie.
Ces théories classiques perdent cependant de leur sens et sont dénudé d’intérêt sur le plan humain, à partir du moment où les termes de l’échange ne sont pas équitables. C’est notamment le cas entre les pays développés et les pays en voie de développement.

7.1.Forum économique de Davos

Le Forum économique mondial est une fondation sans but lucratif qui siège à Genève. Créé en 1971 par le professeur d’économie suisse Klaus M. Schwab, sa réunion annuelle à Davos, en Suisse, rassemble dirigeants d’entreprise, politiques, intellectuels et journalistes du monde entier. Les débats tournent autour des questions urgentes relatives aux problèmes planétaires, tels que la santé, l’environnement, etc.

7.2.Illustrations et images

· Figure 1 : L’Amérique du Nord détient la moitié de la valeur des grandes multinationales.
Le Monde Diplomatique, L’Atlas, Wal-Mart, symbole des multinationales, Editions Armand Colin, 2006, p. 64.
· Figure 2 : Aussi riches que des Etats.
Le Monde Diplomatique,
L’Atlas, Wal-Mart, symbole des multinationales,
Editions Armand Colin, 2006, p. 65.





· Figure 3 : The World’s Biggest Compagnies.
Forbes, The World’s Biggest Companies






· Figure 4 : Le monde selon quelques indicateurs économiques, sociaux et financiers.
Le Monde Diplomatique, L’Atlas, « Choc des civilisations » ou choc Nord-Sud ?, Editions Armand Colin, 2006, p. 50.




· Figure 5 : Ce que sera le monde hypertrophié des riches en 2020.
Le Monde Diplomatique, L’Atlas,
« Choc des civilisations » ou choc Nord-Sud ?,
Editions Armand Colin, 2006, p. 51





· Figure 6 : Ceux qui sprintent et ceux qui piétinent.
Le Monde Diplomatique, L’Atlas,
Le développement sans croissance ?,
Editions Armand Colin, 2006, p. 105.



· Figure 7 : Les pollueurs du monde.
Le Monde Diplomatique, L’Atlas,
Le développement sans croissance ?,
Editions Armand Colin, 2006, p. 104.




· Figure 8 : Progrès et inégalités.
Le Monde Diplomatique, L’Atlas,
Le développement sans croissance ?,
Editions Armand Colin, 2006, p. 104.





· Figure 9 : Quand l’emploi fout le camp.
Le Monde Diplomatique, L’Atlas,
Les délocalisations contre le droit social,
Editions Armand Colin, 2006, p. 117.


· Figure 10 : L’autre face de la planète.
Le Monde Diplomatique, L’Atlas,
Le développement sans croissance ?,
Editions Armand Colin, 2006, p. 104.





· Figure 11 : A chacun son forum social…
Le Monde Diplomatique, L’Atlas, ONG : vers une société civile globale, Editions Armand Colin, 2006, p. 97.
· Figure 12 : Le budget des ONG internationales & Les ONG et l’ONU
Le Monde Diplomatique, L’Atlas, ONG : vers une société civile globale, Editions Armand Colin, 2006, p. 96.



[i] Philosophe et économiste écossais, professeur de littérature puis d’économie politique à Glasgow. On le qualifie de « père de l’économie politique », ses théories étant à l’origine de l’école classique anglaise. A 40 ans, il quitta son pays natal pour séjourner trois ans sur le continent européen (et surtout en France), où il rencontra nombre d’économistes. En 1967, il retourne en écosse afin de s’adonner à ses recherches.
[ii] Idée qui apparaît dans le livre d’Adam Smith sur La richesse des nations, son œuvre principale. Cité par Jean-Yves Capul, Olivier Garnier, Libéralisme, Dictionnaire d’Economie et de sciences sociales, Editions Hatier, 2005, page 248.
[iii] Face à l’impuissance des politiques à vaincre la crise due au choc pétrolier et devant les excès et les limites de l’interventionnisme, la crise de l’Etat-providence a poussé certains hommes politiques à plaider un retour au libéralisme économique durant les années 80. Leurs thèses sont reprises sous le nom de « théorie de l’offre » à l’origine de la politique du président américain Ronald Reagan (1911-2004), les privatisations d’entreprises publiques et la déréglementation ont également constituées les mesures favorites de Margaret Thatcher (1979-1991) au Royaume-Uni.
[iv] Mathématicien et ingénieur écossais.
[v] Jean-Yves Capul, Olivier Garnier, Libre-échange, Dictionnaire d’Economie et de sciences sociales, Editions Hatier, 2005, pages 252 à 253.
[vi] Tarifs protectionniste de 1892 qui visaient à protéger l'agriculture française de la concurrence des autres nations. Elle doit son nom au président du Conseil français Jules Méline (1838-1925), et marque la fin de la politique de libre-échange entamée sous le Second Empire.
[vii] Loi Hawley-Smoot, en anglais Hawley-Smoot Tariff ou Smoot-Hawley Tariff Act. Elle augmenta les droits de douane à l'importation pour plus de 20 000 sortes de biens, entrainant l’aggravation de la Grande Crise. Nombreux furent les pays qui, par mesure de rétorsion, ont également augmenté leurs taxes à l'importation, ce qui a fortement diminué les échanges mondiaux. La loi a été votée par un Congrès à majorité protectionniste, malgré les avertissements des économistes.
[viii] General Agreement on Tariffs and Trade (GATT), en français l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce.
[ix] Jean-Yves Capul, Olivier Garnier, Capitalisme, Dictionnaire d’Economie et de sciences sociales, Editions Hatier, 2005, page 36.
[x] Jean-Yves Capul, Olivier Garnier, Mondialisation, Dictionnaire d’Economie et de sciences sociales, Editions Hatier, 2005, page 33. Sont présentés les différents types de capitaux suivants : le capital économique, qui est un actif détenu par un agent de l’économie qui peut lui procurer un revenu ; le capital technique, qui est l’ensemble des biens qui, dans une entreprise, participent à la création de l’ensemble des autres biens ; le capital fixe, qui constitue ces investissements neufs et moyens de production durables dont dispose l’économie nationale ; le capital financier, qui est formé du capital social, soit l’ensemble des montants mis à la disposition de l’entreprise par ses propriétaires, sous forme d’actions ou de parts sociales égales ; le capital humain, qui est une notion apparaissant durant les années 60, acquise du prix Nobel d’économie Gary Becker, qui désigne les « capacités intellectuelles et professionnelles d’un individu qui lui assurent des revenus monétaires futurs. »
[xi] Jean Ziegler, La haine de l’Occident, op cit page 17.
[xii] Le Monde Diplomatique, L’Atlas, « Wal-Mart, symbole des multinationales », Editions Armand Colin, 2006, page 65.
[xiii] Le Monde Diplomatique, L’Atlas, Chômage caché, travail forcé, précarité, Editions Armand Colin, 2006, page 138.
[xiv] Mohamed Labri Bourguerra, Du Pont de Nemours, pesticide et profit, in Le Monde Diplomatique, mars 1997.
[xv] Jean-Yves Capul, Olivier Garnier, Mondialisation, Dictionnaire d’Economie et de sciences sociales, Editions Hatier, 2005, pages 284.
[xvi] C’est Samuel Huntington, professeur à Harvard et membre de l’establishment de la politique étrangère américaine qui énonce pour la première fois en 1993, dans la revue Foreign Affairs, ce qui pourrait être considéré comme l’anti-thèse à l’affrontement des idéologies socio-politiques de la Guerre froide.
[xvii] Le Monde Diplomatique, L’Atlas, « Choc des civilisations » ou choc Nord-Sud? », Editions Armand Colin, 2006, p. 51
[xviii] Ibid p. 51
[xix] Ibid. p. 51.
[xx] Fernand Baudhuin, Dictionnaire de l’économie contemporaine, Editions Gérard & Co., Verviers, 1968, 304 pages, pages 88 à 89.
[xxi] Mesure de l’activité économique d’un pays. C’est la somme des valeurs des biens et services produits par un pays pendant un an et exprimée en devise, constituant le Produit national brut (PNB), à laquelle on soustrait les entreprises du pays établies à l’étranger, et à laquelle on ajoute les entreprises étrangères situées sur le territoire national.
[xxii] Jean-Yves Capul, Olivier Garnier, Croissance, Dictionnaire d’Economie et de sciences sociales, Editions Hatier, 2005.
[xxiii] Le Produit intérieur brut par habitant ou PIB par tête est le rapport entre le PIB et la population totale.
[xxiv] Christophe Degryse, Mondialisation, L’économie en 100 et quelques mots d’actualité, Editions De Boeck, 2005, page 144.
[xxv] Economiste américain et prix Nobel d’économie en 1987.
[xxvi] Le Monde Diplomatique, L’Atlas, Le développement sans la croissance, Editions Armand Colin, 2006, page 104.
[xxvii] Ibid. p. 104.
[xxviii] Ibid. p. 104
[xxix] Bernard Guillschon, La Mondialisation, une seule planète, des projets divergents, Editions Larousse, Montréal, 2004, 127 pages, pages 46 à 49.
[xxx] Accords économiques signés le 22 juillet 1944 à à Bretton Woods, aux USA, en vue de structurer le système financier international après la Seconde Guerre mondiale. Ils avaient pour principal objectif la mise sur pied d’une organisation monétaire qui puisse agir à l’échelle mondiale. On y retiendra surtout l’intervention de John Maynard Keynes.
[xxxi] Allemagne, Afrique su sud, Arabie saoudite, Argentine, Ausralie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie.
[xxxii] Organisation ayant joué un rôle majeur dans la bonne exécution du plan Marshall de 1948 à 1960.
[xxxiii] Le Monde Diplomatique, L’Atlas, ONG : vers une société civile globale, Editions Armand Colin, 2006, page 97.
[xxxiv] Psychologue humaniste, américain, connu pour son explication de la motivation par la hiérarchie des besoins humains.
[xxxv] Oxfam, Le Dumping, http://www.oxfam.org/fr/campaigns/trade/riggedrules/dumping, consulté le 31/05/09.
[xxxvi] Jean Ziegler, La haine de l’Occient, pages 95-100.
[xxxvii] Premier 1er ministre et personnage clé de la lutte pour l’indépendance de l’Inde, il étudia le droit au Royaume-Uni.
[xxxviii] Jean Ziegler, La haine de l’Occident, op cit pages 217 à 218.
[xxxix] Jean Ziegler, la haine de l’Occident, op cit page 69.
[xl] Ibid. op cit page 71.
[xli] John Emerich Edward Dalberg, baron Acton of Aldenham, (Naples, 1834 - 1902), historien britannique.
[xlii] Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, œuvre mairesse d’Adam Smith qu’il publie en 1776 après son retour en Ecosse.
[xliii] Mercantilisme : thèse économique considérant le commerce international comme un affrontement où un pays gagnait la matières premières que l’autre perdait.
[xliv] Il prône la division du travail qui permet l’accroissement de la productivité. Selon lui, les restrictions sur les importations sont néfastes pour qu’une division efficace du travail et une répartition profitable du capital s’opèrent sur le plan du commerce international. Par conséquent, il en déduit qu’il est nécessaire de favoriser le libre-échange. Cette théorie a des implications déterminantes sur le rôle de l’Etat : il devra intervenir le moins possible dans l’économie nationale pour que libre-échange, libre concurrence et équilibre de l’offre et de la demande – qui amènent la prospérité – ne soient troublées par l’action des pouvoirs publics. Le budget de l’Etat devra dès lors se limiter à la justice, aux travaux publics, aux dépenses militaires, et à l’enseignement. Adam Smith considérait qu’en réduisant de cette façon le champ d’action de l’Etat, les ressources seraient laissées à la disposition des individus qui en useraient pour alimenter la croissance. On lui doit la théorie de l’avantage absolu, que possède un pays pour un produit lorsqu’il le vend moins cher que tous les autres pays. Cette théorie était cependant tronquée puisqu’elle ne tient pas compte des pays ne disposant d’aucun avantage absolu…
[xlv] Economiste anglais pionnier de la macroéconomie moderne. Il a commencé sa carrière dans une banque avant de se lancer dans le monde des affaires à son propre compte. Il a publié de nombreux articles économiques avant ses premiers essais en 1811.
[xlvi] Cfr. Annexes : Théories du capitalisme libéral.
[xlvii] Principes de l’économie politique et de l’impôt. Elle constitue l’œuvre majeure de Ricardo, et est publiée en 1817, soit avant qu’il ne se retire de la finance.
oOo

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