22 décembre 2011
Bachelier en Sciences Politiques,
Bachelier supplémentaire en Droit
La crise du libéralisme
Travail réalisé dans le cadre du séminaire « Penser le politique »
Facultés universitaires Saint-Louis
2ème année de baccalauréat en sciences politique
Année académique 2011-2012
Table des matières
Table des matières 2
1. Introduction 3
2. Une financiarisation à outrance 4
a. Un savant château de cartes défendu par un cheval à phynances 4
b. Un messager aux multiples visages 5
3. La multiplication des crises 5
a. Une crise sociale : rapports de force entre travailleurs 5
b. Une crise politique : déclin de participation et légitimité mise en doute 7
4. Le retour du politique 7
5. Conclusion 8
6. Bibliographie 9
I. Revues scientifiques 9
II. Articles de presse 9
III. Sources internet 9
IV. Ouvrages généraux 9
V. Œuvres littéraires 9
1. Introduction
Le libéralisme politique et économique qui a permit l’émergence des libertés individuelles fait l’objet d’une importante remise en question. En effet, ces libertés ne profitent pas équitablement à tous, une minorité d’individus étant détenteurs du capital et de la majorité des moyens de production.
Une allocation inégale des ressources entre les acteurs sociaux n’est pas source en soi de déséquilibres. Cependant, cette division du corps social entre rentiers et travailleurs est à l’origine d’un conflit d’intérêt que législateur est sensé tempérer en rétablissent une relation équilibrée. Lorsque de l’émulsion sociale il sort un enjeu politique qui permet à la société de dépasser sa division dans un compromis de vivre-ensemble, cette société est pérenne. Il arrive toutefois que le cadre de négociation soit trop étroit pour faire efficacement face aux défis.
De la modernité libérale sont sorti des droits qui se sont cristallisés lors de la Révolution française. Mais empruntant l’analogie à Marx, entre le serf et l’ouvrier, tout comme entre l’employé et le rentier, il persiste un inégal exercice de ces droits tutélaires. Cette critique radicale de gauche n’a jamais été autant d’actualité, dans un pays en proie aux grèves et aux protestations syndicales, face à une durée de travail que les rouages du capitalisme souhaite toujours plus allonger, afin de mieux broyer la masse salariée sous le poids d’une récession qu’elle n’a pu absorber.
L’application d’une trop grande orthodoxie économique, et l’échec de la susdite critique sonnerait le retour d’une critique radicale de droite, dont la prégnance dans nos sociétés est déjà avérée par la montée des partis nationalistes et radicaux. D’aucuns ignorent encore que les troubles politiques sont les fidèles suivants des troubles économiques. Pourtant, l’histoire nous apprend qu’en Allemagne, en 1932, Adolf Hitler criait déjà que : « les rues de notre pays sont en ébullition (…). Les universités sont pleines d’étudiants qui se révoltent et se livrent à l’émeute. Les communistes cherchent à détruire notre pays. L’Union soviétique nous menace de sa puissance et la République est en danger. Oui, le danger vient de l’intérieur et de l’extérieur. Nous avons besoin de loi et d’ordre.[1] »
2. Une financiarisation à outrance
a. Un savant château de cartes défendu par un cheval à phynances
La main du croupier semble s’être substituée à la main invisible d’Adam Smith dans l’organisation du marché en tant qu’entité autonome du politique et de l’état souverain. On peut se demander par quel artifice notre économie basée sur la croissance infinie se remettra-t-elle d’un tel choc ?
Suite au couplage en 1980 de l’économie réelle et financière[2], l’onde de choc provoquée par l’effondrement du château de cartes en 2008 a été accru au point de remettre en question le savant équilibre de la bulle immobilière comme instrument de crédit pour des ménages endettés. La hausse continue des prix venait au secours de leur consommation, devenue anémique par des années de croissances de revenus salariaux étouffés par une mainmise des actionnaires sur les objectifs des entreprises, en permettant d’accorder à des ménages insolvables des lignes de crédits assurées par la valeur de leur bien.
Sitôt la machine grippée, le déclin des prix entraina celle des valeurs des actifs qui, étant constitutifs de sûretés réelles des créances qui avaient elles-mêmes servies à les constituer, plongea Lehman et consorts dans les abimes de la banqueroute. La libéralisation des marchés qui a suivi leur financiarisation, et la soumission des équilibres politiques aux exigences de rendements inhumains, ont permis de placer à la tête de ce système un roi banquier qui n’écoute que son fou profit.
Les promesses d’un nouvel âge d’or du capitalisme n’ont pas eu grâce de cette mondialisation financière, dont les maîtres mots sont dérégulation, privatisation et concurrence. Car « le cheval à phynances[3] » ne se contente pas de se nourrir du profit du travail salarié, ne lui laissant que les miettes de la rémunération de sa main-d’œuvre : il lui faut toujours plus de démesure pour assurer sa sacro-sainte croissance.
b. Un messager aux multiples visages
Brisant le contrat social envisagé par Rousseau, l’égoïsme débordant des acteurs économiques a surpassé les degrés de libertés envisagées par Smith : en instituant un ordre financier mondial, où les travailleurs aliénés s’efforcent de marcher au rythme de la locomotive capitaliste, le chef de train étatique s’est vu voler sa souveraine casquette.
On peut déplorer que « nul ne peut s’opposer efficacement à ces mesures. Car leurs promoteurs avaient aussi remporté la bataille des idées en discréditant toute autre politique ; et présenté la leur comme “la seule possible” après la chute du mur de Berlin. “Ils” n’étaient pas seulement des banquiers, des patrons, des économistes et des journalistes, mais aussi des hauts fonctionnaires et des politiques.
Telle est la singularité du néolibéralisme : avant d’être érigé en dogme par les institutions financières internationales et commissionné par l’Union européenne, le dépouillement de l’Etat fut organisé par les Etats eux-mêmes.[4] »
3. La multiplication des crises
a. Une crise sociale : rapports de force entre travailleurs
Lorsque nous analysons à l’échelle micro un secteur particulier de notre économie : l’exemple de l’organisation de l’industrie financière et des rapports entre traders dans les salles de marché « permet de mettre à jour des mécanismes présents dans les relations salariales, et de façon plus large que dans le strict domaine de la finance, à savoir l'appropriation et le déplacement par certains salariés d'actifs collectivement constitués. L'industrie financière permet de poser des problèmes d'ordre politique quant au devenir du salariat, à l'attitude des travailleurs riches face à l'impôt et aux inégalités entre salariés qui remettent en cause la notion d'unité du salariat.[5] »
On assiste à une répartition inégale et à un rapport tendu de domination qui nait entre les travailleurs et le monde financier d’une part, et entre salariés du monde financier d’autre part. Les concepts d’aliénation des travailleurs et de possession du capital que l’on emprunte à Marx et à Bourdieu sont donc à envisager entre salariés[6], et non plus entre deux classes distinctes. Toutefois, par facilité, nous avons regroupé les tranches supérieures des salariés sous l’idéal-type d’employé, et les inférieures sous celui de rentier ; les premiers voyant les revenus de leur travail excéder ceux de leur capital, alors que les second se suffisent de ces derniers.
Une forme nouvelle d’exploitation surgit entre salariés, et porte à présent sur des critères quantitatifs et qualitatifs de rémunération, régit par une mécanique que Godechot rattache à la prescription acquisitive du profit (vu comme une rès nullius) sur lequel certains acteurs financiers (proches du ‘front office’) disposent d’un droit quasi-absolu, alors que d’autres se contentent de droits limités. La hiérarchisation du travail et de la société favorise cette appropriation personnelle du profit[7] qui parsème chaque étage de la société capitaliste.
Publication de l’Industrial Workers of the World, 1911.
b. Une crise politique : déclin de participation et légitimité mise en doute
Face à un déclin croissant de la participation aux élections nationales et européennes[8], la légitimité démocratique de nos institutions et du système représentatif est remis en doute par un populisme ambiant. La sphère politique se craquèle, les médias font leur beurre de ce culte du désastre[9], et attisent le feu de la crise économique[10].
Or le caractère politique de la thématique libérale n’est pas uniquement conjoncturel comme l’avance Krugman dans son livre The return of depression economics and the crisis of 2008, il est aussi structurel. Car la chute du socialisme, non comme idéologie mais comme puissance de mise en mouvement de la pensée des hommes[11], a cédé sa place au néo-libéralisme après la chute de l’Union soviétique et l’échec de l’économie chinoise planifiée.
4. Le retour du politique
Sur le plan des fonctions de l’état, alors qu’elles ont été endiguées à ses seuls aspects régaliens, l’avènement de conflits majeurs découlant de la crise économique et de la montée en puissance de démocraties de marché dans les pays émergeants[12] ; de même qu’un possible retour au protectionnisme, en réaction à la réduction des échanges internationaux des suites de la récession, en vue de protéger les emplois nationaux[13] ; pourraient réhabiliter somme d’utilités à un régime étatique plus autoritaire et centralisé, devenant le garde fou d’un marché dont le caractère autorégulé est à présent un leurre aux yeux de tous.
5. Conclusion
L’impact de la crise économique et financière actuelle dépasse l’entendement. Aussi, nous n’apercevons à ce jour que les prémisses de ses conséquences sur notre paysage politique.
A cet égard, il s’avère que le regard de Marx est actualisable lorsqu’il constatait qu’« à un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale.[14] » Par analogie, on conçoit aisément que les rapports entre salariés soient actuellement au bord de ce précipice.
Il en résulte que l’état providence, qui est venu au chevet des banques, ne saurait être tenu de se taire et de se borner à approuver les lois du marché, lorsqu’il s’agit de fixer le cadre juridique encadrant (mais permettant surtout) la libre concurrence[15]. A tout le moins si l’objectif est de préserver la paix sociale et le vivre-ensemble des acteurs sociaux…
Dès lors, non loin de penser que la régulation étatique doive reprendre la main, et ne pas se contenter du strict minimum cher à Benjamin Constant, nous avançons la nécessité de se rapprocher du modèle hobbesien, en luttant par le biais de la taxation sur les plus-values contre les passions individuelles et l’appât du gain personnel au dépend de la charge sociale, afin de limiter la courante privatisation des profits et la communautarisation des pertes[16].
6. Bibliographie
I. Revues scientifiques
Cordonnier, L. (2008), « Le casino et le cantonnier », Le krach du libéralisme, Manière de voir, n°102, Le Monde diplomatique, Paris, France.
Douglas, W.O. (1970), Points of Rebellion, Vintage Books, New York, United States of America, cité par Clairmont, F.F (1994), « Bretton Woods, histoire d’une faillite », Le krach du libéralisme, Manière de voir, n°102, Le Monde diplomatique, Paris, France.
Halimi, S. (2008), « Les armes de la finance » et « La reprise en main de l’économie », Le krach du libéralisme, Manière de voir, n°102, Le Monde diplomatique, Paris, France.
Toscer, O. (2008), « Faillites publiques, fortunes privées », Le krach du libéralisme, Manière de voir, n°102, Le Monde diplomatique, Paris, France.
II. Articles de presse
de Callataÿ, E. (2009), « Les médias et la crise », L’Echo, 22 décembre 2011, http://www.lecho.be/nieuws/archief/Les_medias_et_la_crise.8140960-1617.art.
Sacré, J.F. (2007), « Les médias autour de la Belgique malade », L’Echo, 22 décembre 2011, http://www.lecho.be/nieuws/archief/Les_medias_autour_de_la_Belgique_malade.8880818-1802.art.
III. Sources internet
Bory, A. (2007), « Olivier Godechot, Working rich. Salaires, bonus et appropriation du profit dans l'industrie financière », Lectures, Les comptes rendus, 22 décembre 2011, http://lectures.revues.org/421.
« Taux de participation aux élections européennes 1979-2009 », Parlement Européen, 22 décembre 2011, http://www.europarl.europa.eu/aboutparliament/en/000cdcd9d4/Turnout-(1979-2009).html.
IV. Ouvrages généraux
Attali, J. (2009), Survivre aux crises, Fayard, Paris, France.
Krugman, P. (2008), The return of depression economics and the crisis of 2008, Penguin Books, London, England.
Marx, K. (1859), Préface à la « Critique de l’Economie Politique », Traduction de Maurice Husson et Gilbert Badia, Editions sociales, 1977, Paris, France.
V. Œuvres littéraires
Jarry, A. (2002), Ubu Roi, Gallimard, Paris, France.
Notes infrapaginales
[1] Cité par Douglas, W.O. (1970), Points of Rebellion, Vintage Books, New York, United States of America, cité par Clairmont, F.F (1994), « Bretton Woods, histoire d’une faillite », Le krach du libéralisme, Manière de voir, n°102, Le Monde diplomatique, Paris, France, p. 11.
[2] Cordonnier, L. (2008), « Le casino et le cantonnier », Le krach du libéralisme, Manière de voir, n°102, Le Monde diplomatique, Paris, France, p. 8.
[3] Jarry, A. (2002), Ubu Roi, Gallimard, Paris, France, Acte III, scène VIII.
[4] Halimi, S. (2008), « Les armes de la finance », Le krach du libéralisme, Manière de voir, n°102, Le Monde diplomatique, Paris, France, p. 9.
[5] Bory, A. (2007), « Olivier Godechot, Working rich. Salaires, bonus et appropriation du profit dans l'industrie financière », Lectures, Les comptes rendus, 22 décembre 2011, http://lectures.revues.org/421.
[8] « Taux de participation aux élections européennes 1979-2009 », Parlement Européen, http://www.europarl.europa.eu/aboutparliament/en/000cdcd9d4/Turnout-(1979-2009).html, 22 décembre 2011.
[9] Sacré, J.F. (2007), « Les médias autour de la Belgique malade », L’Echo, 22 décembre 2011, http://www.lecho.be/nieuws/archief/Les_medias_autour_de_la_Belgique_malade.8880818-1802.art.
[10] de Callataÿ, E. (2009), « Les médias et la crise », L’Echo, 22 décembre 2011, http://www.lecho.be/nieuws/archief/Les_medias_et_la_crise.8140960-1617.art.
[11] Krugman, P. (2008), The return of depression economics and the crisis of 2008, Penguin Books, London, England, p. 10.
[14] Marx, K. (1859), Préface à la « Critique de l’Economie Politique », Traduction de Maurice Husson et Gilbert Badia, Editions sociales, 1977, Paris, France.
[15] Halimi, S. (2008), « La reprise en main de l’économie », Le krach du libéralisme, Manière de voir, n°102, Le Monde diplomatique, Paris, France, p. 67.
[16] Toscer, O. (2008), « Faillites publiques, fortunes privées », Le krach du libéralisme, Manière de voir, n°102, Le Monde diplomatique, Paris, France, p. 66.
Fabcara

